Le viol et les violences sexuelles représentent l’extrême des violences, car elles ont des répercussions physiques, psychologiques et émotionnelles importantes. Elles affectent profondément le mode de vie et le comportement de la victime, laissant des blessures durables. Selon la psychologue Rabenoro Mihaja, la réalité de la violence continue de persister dans le cœur de la victime, bien après que l’agression ait eu lieu.
Cette réalité peut se manifester par une peur et une anxiété persistantes, de la dépression, ainsi que par des troubles psychiques tels que des « flashbacks », des cauchemars et des sursauts après le traumatisme. « La victime peut ressentir de la honte et de l’auto-condamnation, même si elle n’est en rien responsable. Les personnes victimes de violences sexuelles se replient souvent sur elles-mêmes et perdent confiance en autrui. Pour les enfants et les adolescents, cela peut se traduire par des changements de comportement, des difficultés scolaires ou des comportements inhabituels », explique Rabenoro Mihaja.
La psychologue souligne que la création d’un espace sûr, où la victime peut parler sans jugement, constitue la première étape lorsqu’elle prend en charge une personne ayant subi des violences sexuelles.
« Accompagner une victime de violences sexuelles implique une écoute sincère et confidentielle, l’aider à comprendre qu’elle n’est pas fautive, et lui apprendre des techniques pour gérer l’anxiété et la peur, à travers la psychothérapie. Le soutien de la famille et de la communauté est également essentiel, car il contribue à restaurer la confiance en soi », précise-t-elle.
Elle ajoute que si les blessures psychologiques et émotionnelles ne sont pas prises en charge, elles peuvent perdurer pendant des années. Le soutien psychologique et social permet non seulement d’atténuer ces blessures, de prévenir la dépression sévère et le stress post-traumatique (PTSD), mais aussi de restaurer la confiance en soi et de rappeler à la victime qu’elle n’est pas seule. « En tant que professionnelle, j’observe qu’un soutien approprié permet à la personne de mieux revenir à une vie quotidienne normale », confirme-t-elle.
Bien que de nombreux psychologues soient spécialisés dans l’accompagnement psychologique et émotionnel, Rabenoro Mihaja précise que le recours à un psychologue reste faible à Madagascar comparé aux pays développés. Les causes incluent le manque de connaissance du rôle du psychologue, la honte, la peur du jugement, la mentalité « mieux vaut se taire », ainsi que les contraintes financières ou le manque de services disponibles. « Il n’existe pas de statistiques officielles précises, mais on peut dire que le taux de recours à un psychologue est faible par rapport aux besoins réels », explique-t-elle.
En général, ce sont les femmes et les filles qui sollicitent le plus l’aide d’un psychologue, tandis que les hommes restent peu nombreux à le faire, en raison de la honte et de la pression culturelle qui leur impose de « ne pas montrer de faiblesse », ajoute la psychologue.
En résumé, consulter un psychologue constitue une étape essentielle dans la guérison des blessures psychologiques et émotionnelles. Cela permet de traiter ces blessures de manière sécurisée, d’éliminer le sentiment de culpabilité, d’apprendre à gérer la peur et l’anxiété, et de restaurer progressivement la confiance en soi et le sentiment de sécurité. « En tant que psychologue, je considère que les blessures psychologiques nécessitent autant d’attention que les blessures physiques. Chercher de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais de courage », conclut Rabenoro Mihaja.
Selon la loi relative aux droits et à la santé sexuelle et reproductive 2017-043, les personnes victimes de viol et de violences sexuelles ont le droit de bénéficier de soins garantissant leur santé complète, y compris un accompagnement psychologique et émotionnel, qui doit être facilité par l’État et les responsables à tous les niveaux.
Entre le début de l’année 2026 et la mi-février, 180 personnes victimes de violences sexuelles ont été prises en charge au Centre Vonjy, Maternité Befelatanana, parmi lesquelles des enfants et des adolescents.