Santé sexuelle et reproductive :Une évolution progressive des changements de comportement au sein de la communauté Mikea

Mikea

Le village d’Ambolofoty, l’un des lieux d’habitation des Mikea, se trouve à 130 kilomètres au nord de Toliara et à 600 mètres du fokontany de Vatoavo Ankindranoke. Ce village compte 300 habitants répartis en 50 ménages. La majorité des Mikea y vivent encore selon leurs traditions et coutumes locales. Parmi celles-ci figure le mariage des filles et des garçons dès l’âge de 12 ans, notamment lorsque certains parents ne sont pas convaincus par la scolarisation ou ne souhaitent plus prendre leurs enfants en charge. Ainsi, dès l’adolescence, la plupart des jeunes garçons et jeunes filles entament déjà des relations sexuelles.

Au cours des cinq dernières années, 40 % des Mikea d’Ambolofoty ont été convaincus d’adhérer à la planification familiale et à la prévention des grossesses non désirées ou précoces. Les autres restent attachés aux habitudes et au manque d’éducation. « La connaissance entraîne un changement de comportement. Les adolescents, élèves du CEG local, n’ont pas hésité à s’intéresser à l’éducation à la planification familiale et à la prévention des grossesses non désirées lors des séances d’information et de sensibilisation. Ce sont ensuite eux qui ont convaincu leurs mères et leurs parents », explique Paulin Razafindrakoto Emmanuelle, 36 ans, mère de famille et enseignante à Ambolofoty.

Selon cette enseignante originaire d’Antananarivo, qui a choisi d’épouser un Mikea et de s’installer dans le Sud, dix filles et deux garçons ont été convaincus d’adopter des méthodes de planification familiale afin d’éviter les grossesses non désirées. Ils utilisent la pilule, l’implant et le préservatif. L’enquête a également révélé que les femmes âgées d’une trentaine d’années dans ce village ont au moins six enfants. En revanche, les adolescents et les jeunes d’aujourd’hui ne dépassent généralement pas trois enfants, conscients des difficultés de la vie.

« Les adolescents ont vu, à travers leurs mères, la souffrance liée aux grossesses précoces et répétées dans un contexte de grande précarité. Ils souhaitent poursuivre leurs études plus loin. Ils gardent l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie et de réaliser leurs rêves. S’ils n’avaient eu d’autre choix que le mariage, ils n’auraient peut-être pas été convaincus d’opter pour la planification familiale », ajoute-t-elle.
D’après cette enseignante, dès la classe de huitième, les élèves commencent déjà à acquérir des connaissances sur la planification familiale. Les adolescents et les jeunes âgés de 12 à 22 ans s’efforcent de suivre les séances de sensibilisation. En plus des actions menées par Paulin Razafindrakoto Emmanuelle, des agents de santé se rendent tous les trois mois dans le fokontany pour sensibiliser et informer la population sur les droits et la santé sexuelle et reproductive (SDSR).

Les Mikea et l’accouchement

Bien qu’éloigné de la ville de Toliara, le village d’Ambolofoty dispose d’un poste de santé rattaché au CSB du fokontany qui encadre les Mikea. Une sage-femme y est affectée. Cependant, en raison des coutumes, des habitudes et du manque d’éducation déjà mentionnés plus haut, de nombreuses femmes enceintes hésitent encore à fréquenter les centres de santé.
« Elles savent qu’il existe une sage-femme qui donne des conseils, propose des méthodes de planification familiale, assure le suivi des grossesses et pratique les accouchements. Mais elles ont déjà une accoucheuse traditionnelle qui s’occupe d’elles. En cas de complication, celle-ci n’hésite toutefois pas à orienter les femmes vers la sage-femme », précise l’enseignante.

Elle souligne également que ce poste de santé souffre d’un manque, voire d’une absence d’équipements adéquats. En cas de complication, les patientes doivent parcourir neuf kilomètres pour rejoindre un CSB. Le transport se fait en pirogue ou en charrette en situation d’urgence. Lorsque le chef du CSB est absent, la sage-femme assure l’intérim, et les cas graves sont évacués vers une localité plus éloignée.

Par ailleurs, l’enseignante déplore les ruptures fréquentes de stocks de matériel et de produits contraceptifs, interrompant ainsi l’accès aux services pour les bénéficiaires. Elle lance un appel au ministère de la Santé publique et aux autorités compétentes afin qu’ils accordent une attention particulière à cette situation, dans le respect des droits et de la santé sexuelle et reproductive des populations locales, conformément à la loi.