L’écho des débats qui ont résonné aujourd’hui dans le Grand Amphithéâtre de l’École Supérieure d’Agronomie ne s’arrêtera pas aux murs de l’Université d’Antananarivo. Sous l’impulsion de la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie et de son Laboratoire Océan Indien, la conférence intitulée Forêts en débat a marqué le coup d’envoi d’une ambition rare : réconcilier, par le dialogue, le temps long de la science et l’urgence de l’action politique. Dans une salle comble, où se croisaient chercheurs chevronnés, jeunes militants de l’Alliance AIKA et décideurs publics, le constat de départ a agi comme un électrochoc. Malgré trente ans de réformes législatives et l’héritage de la loi GELOSE de 1996, la gouvernance de la biodiversité à Madagascar reste percutée par des crises persistantes et des difficultés de mise en œuvre qui interrogent la capacité de l’État à protéger ses joyaux naturels.
C’est le Professeur Bruno Ramamonjisoa qui a ouvert cette brèche réflexive en rappelant que si la science rend aujourd’hui la gestion durable possible, elle ne peut rien sans une volonté politique irriguée par des données fiables. Le ton était donné : loin d’une simple réunion institutionnelle, cette journée parrainée par les ministères de l’Enseignement Supérieur et de l’Environnement a cherché à explorer les zones d’ombre du pouvoir. Car au cœur de la déforestation se jouent des conflits d’acteurs que seule une approche démocratique et transparente peut espérer apaiser. Deux panels de haut vol ont ainsi permis de confronter les regards sur la coopération entre institutions et organisations de terrain, posant la critique non pas comme un obstacle, mais comme le moteur indispensable d’une gouvernance forestière enfin renouvelée.
La parole la plus attendue fut sans doute celle de Ketakandriana Rafitoson, Vice-présidente de Transparency International, qui a passé au crible trois décennies de politiques environnementales. Son analyse, sans concession, a rappelé que la biodiversité est avant tout un enjeu de justice et de démocratie. En pointant les limites des modèles passés, elle a ouvert la voie à une réflexion prospective sur les conditions d’une action collective plus efficace. Cette phase pilote malgache, soutenue par l’IRD et le CNRE, ne se veut pas une fin en soi mais le début d’un cadre permanent. À travers des notes d’analyse et des ressources audiovisuelles, ce cycle de dialogues entend désormais transformer ces échanges en outils concrets pour les décideurs, prouvant que la protection de la nature dans l’Océan Indien passe d’abord par la réinvention de notre manière de débattre et de décider ensemble.