
Depuis le début de l’année 2026, deux fillettes prises en charge au Centre Vonjy, au sein de la Maternité Befelatanana, ont perdu la vie à la suite des viols qu’elles ont subis.Le premier cas concerne Justine, une fillette de six ans, violée à Tsiroanomandidy le 24 décembre dernier. Elle est décédée le 12 janvier, après être restée inconsciente pendant vingt jours.
La seconde victime est une fillette de cinq ans, décédée il y a un peu plus d’une semaine. Selon l’assistante sociale de ce centre de prise en charge des victimes de violences sexuelles, les deux fillettes avaient été grièvement atteintes à la suite des viols et avaient toutes deux subi des interventions chirurgicales avant leur décès. Outre ces décès, il est également rapporté que sept mineures sont actuellement enceintes à la suite des violences sexuelles qu’elles ont subies, tandis qu’un enfant est déjà né au cours de cette semaine.
Concernant les statistiques générales, 180 cas de viol ont été pris en charge au Centre Vonjy depuis le début de l’année 2026 jusqu’au mardi 17 février. Parmi ces cas, 121 ont été enregistrés au mois de janvier, tandis que 59 l’ont été entre le début du mois de février et le 17 février.
« La victime la plus jeune était un enfant d’un an et demi, tandis que la plus âgée était une femme d’environ 50 ans. Des petits garçons figurent également parmi les victimes », a précisé Rakotonarivo Telina, assistante sociale au sein du Centre Vonjy. Depuis l’ouverture de ce centre en mars 2014, la victime la plus jeune prise en charge était un bébé âgé d’un mois, tandis que la plus âgée était une femme de 86 ans.Par ailleurs, l’âge le plus jeune parmi les victimes tombées enceintes et ayant accouché à la suite d’un viol, depuis la création de ce centre, est de 10 ans.
Selon les données disponibles, 9 enfants parmi les 180 cas recensés ont nécessité une intervention spécialisée, c’est-à-dire qu’ils ont dû être transférés au service de chirurgie pédiatrique de l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA) à Ampefiloha.Parmi ceux ayant subi une intervention figure la fillette de cinq ans, sans domicile fixe, victime de viol, retrouvée près du lac Anosy il y a deux semaines.« Les organes d’un enfant ne sont pas faits pour des rapports sexuels. Lorsque cela se produit, l’enfant subit de graves lésions et doit bénéficier d’une chirurgie réparatrice. Nous soulignons également que les violences sexuelles infligées aux enfants constituent une urgence chirurgicale, surtout lorsque l’enfant est très jeune. Plus l’âge de l’enfant est bas plus les lésions sont profondes. Il y a souvent une importante perte de sang et un risque d’infection en l’absence de prise en charge rapide, ce qui peut conduire jusqu’au décès », a expliqué le Dr Andriamanarivo Ravoavahy Lala Rita Clarence, chirurgienne au service de chirurgie pédiatrique du HJRA.
Toujours selon cette médecin, les enfants qu’elle a pris en charge étaient âgés de 3 à 14 ans. L’année dernière, un nourrisson de six mois a également été recensé parmi les cas traités, a-t-elle ajouté.
Les auteurs sont souvent des proches
Outre les voisins, les amis et connaissances des parents, les aides ménagères ou encore les enfants avec lesquels les victimes jouent, les personnes proches figurent parmi les auteurs les plus fréquemment cités dans les cas de violences sexuelles.« Depuis l’année dernière jusqu’à aujourd’hui, ce sont souvent des proches tels que le père biologique, le frère aîné de l’enfant, le grand-père ou l’oncle qui sont responsables des viols. Actuellement, ces personnes sont de plus en plus dénoncées », a déclaré Rakotonarivo Telina.
Au sein du Centre Vonjy, il n’y a pas de règlement à l’amiable possible .Les affaires doivent obligatoirement être portées devant la justice, car ce sont les droits ainsi que la santé sexuelle et reproductive de l’enfant qui sont bafoués.
Selon les informations recueillies, certains enfants n’ont pas seulement subi de graves lésions de leurs organes génitaux, mais ont également développé des cancers à la suite des violences sexuelles qu’ils ont endurées.
Il est à noter que le Centre Vonjy prend en charge l’ensemble des frais liés aux soins et à l’accompagnement des enfants victimes de violences sexuelles, grâce au financement de l’UNICEF.
Toutefois, au préalable, les parents ou les proches des victimes doivent déposer une plainte auprès du centre, après quoi un examen médical est effectué. « Des tests ADN ont déjà été réalisés par le centre afin d’identifier et de confirmer l’auteur du viol. Nous assurons également le suivi des victimes enceintes jusqu’à l’accouchement », a précisé la responsable. Au-delà de l’aspect financier, un accompagnement psychologique est également proposé afin d’aider la victime à se reconstruire, à réintégrer la société et à reprendre une vie normale.
Outre les médecins chargés des examens médico-légaux, le Centre Vonjy regroupe aussi des acteurs du secteur judiciaire qui offrent une assistance judiciaire gratuite aux enfants de moins de 18 ans particulièrement vulnérables. L’Officier de Police Judiciaire (OPJ), la Police des mœurs et de la protection des mineurs (PMPM), le Service de protection des enfants mineurs (SPEM) de la gendarmerie nationale, ainsi que les services d’accompagnement psycho-social, qui assurent une prise en charge spécifique des victimes de viol et de leurs familles sont également impliqués .
Il convient de rappeler que les violences sexuelles commises sur des enfants constituent un crime imprescriptible au regard de la loi. Outre la réclusion criminelle à perpétuité, la castration figure parmi les sanctions sévères prévues par le Code pénal à l’encontre des auteurs.